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Strange stories...
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émeraude

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La Plus Jolie Fille de la Ville

           

 

Histoire de C. Bukowski

Contes de la folie ordinaire 

 

(…)Cass était la plus jolie fille de la ville. Cinquante pour cent de sang indien

dans les veines de ce corps étonnant, vif et sauvage comme un serpent,

avec des yeux assortis. Cass était une flamme mouvante, un elfe coincé dans

une forme incapable de la retenir. (…) Tantôt déprimée, tantôt en pleine forme,

avec Cass c’était tout ou rien. On la disait cinglée. (…) Cass aimait la danse, le flirt,

embrasser les hommes (…) C’est avec les laids qu’elle se montrait la plus gentille,

 les soi-disant beaux mâles la répugnaient : « Rien dans le ventre, rien dans la tête,

disait-elle. Un joli petit nez, des petites oreilles, bien ourlées, et ils commencent à rouler.

Tout en surface, rien à l’intérieur. » J’ai connu Cass au West End Bar quelques nuits

après sa sortie du couvent. (…)Elle est venue s’assoir à côté de moi, sans façon. J’étais

sûrement l’homme le plus laid de la ville, ça a peut-être un rapport.

-« Tu me trouves jolie ? 

- Oui bien sûr, mais il y a autre chose… il y a plus que ton visage… 

- Tout le monde me reproche d’être jolie. Je suis vraiment jolie ? »

-  Jolie n’est pas le mot, c’est presque même impoli. »

Cass a plongé la main dans son sac et j’ai cru qu’elle cherchait un mouchoir. Elle a

ressorti une longue aiguille à chapeau. Je n’ai rien pu faire, elle s’est plongé l’aiguille

dans le nez, juste au –dessus des narines.  J’ai été dégoûté et horrifié.

Cass m’a regardé en riant :

-«  Alors je suis toujours jolie ? J’attends ton avis, mec ! »

J’ai retiré l’aiguille et j’ai arrêté le sang avec mon mouchoir.(…)

Cass m’a embrassé, avec une petite grimace sous son baiser, mon mouchoir pressé

sur le nez. Le bar a fermé et nous sommes allés chez moi.(…)

Une ou deux fois, elle m’a téléphoné en pleine nuit pour que je vienne la sortir de taule,

après une bagarre ou un verre de trop.

Cass racontait :

-«  Les salauds, tu les laisse te payer un verre et ils se croient obligés de te mettre la

main dans la culotte. 

- Quand tu dis oui, tu sais ce qui t’attend.

-Je crois toujours qu’ils s’intéressent à moi, pas seulement à mon corps.

-Moi, je m’intéresse à toi et à ton corps. Cela dit, la plupart des types ne doivent pas

voir plus loin que tes fesses. »

J’ai quitté la ville six mois, histoire de prendre l’air.(…) Quand je suis revenu,

je la croyais déjà loin, mais elle est arrivée au West End Bar une demi-heure après

moi.(…) Je lui ai commandé un verre. Puis je l’ai regardée. Elle portait une robe

à col montant. Je ne lui avais jamais vu une robe pareille. Et enfoncées sous ses yeux,

deux épingles à tête de verre. (…)

-«  Bon sang, tu essaies encore de t’abîmer, hein ?

-Idiot, c’est la mode.

- Tu es cinglée. »

Cass a retiré les épingles, lentement, et les a remises dans le sac.(…)

-« Pour les gens c’est tout ce que j‘ai, ma beauté. La beauté n’existe pas, la beauté

ne dure pas. Toi, tu es laid, et tu ne connais pas ta chance : au moins, si on t’aime,

c’est pour une autre raison. »(…)

On est sortis ensemble. Dans la rue, les gens se retournaient sur Cass, comme

d’habitude. Cass était toujours une belle fille, et plus belle que jamais. On est rentrés

chez moi.(…)

 Alors Cass a enlevé sa robe montante et je l’ai vue_ une cicatrice affreuse en travers

de la gorge, large et profonde. J’ai crié du fond du lit :

-« Putain de bonne femme, qu’est-ce que tu as fait encore ?

-C’est l’autre nuit avec un tesson, un coup d’essai. Quoi, tu ne m’aimes plus ? Je ne

suis plus jolie ?(…)

(…)- Cass, conasse, je t’aime… arrête de te démolir. Tu es la fille la plus vivante que

j’ai jamais rencontrée. »

On s’est encore embrassés. Cass pleurait sans bruit, ses larmes gouttaient sur ma peau.

Ses longs cheveux noirs m’enveloppaient comme le drapeau de la mort. Notre étreinte

fut lente, obscure et merveilleuse.(…)

Le vendredi soir, je suis retourné au West End Bar. Je me suis installé et

j’ai attendu Cass. Les heures ont passées. Quand j’ai été bien beurré, le barman

m’a parlé :

-«  Désolé pour votre petite amie.

- Quoi?

- Vraiment désolé. Vous n’étiez pas au courant? (…) Suicide. (…) Elle s’est ouvert

la gorge. « (…)

J’ai picolé jusqu’à la fermeture. Cass, la plus jolie fille de la ville.

 

 

Va et Vient

 
     
 
 
 
 

 

 

 

LonesoMe CowBoy

 

       

 

 

 

C’est juste une histoire de liberté

Sur un bitume brûlant

Un western moderne…

 

C’est juste une histoire de chevaux

Sous le capot, un truck chromé

Au milieu du désert

 

Avec la voix de Johnny Cash

qui fait trembler les chopes de bière

au Road’ eo Bar

 

C’est juste une histoire de bottes et de poussière

Qui parle de retour à la maison…

 

 

 

Curtain

 

      

 

 

DeaD

 

      

 

 

19..

Assis. Ligoté. Condamné. Ils m’ont rasé la moitié du crâne. Je vis mes dernières

pensées, mes derniers regards. J’ai peur. Peur du noir.

 

J’ai quatre ans. Je suis à la cave. Tout seul. Tout nu.

 

Ils m’ont posé leurs instruments de l’enfer sur la tête et sur la jambe. Leurs

mouvements sont lents, tandis que mon cœur s’emballe.

 

J’ai dix ans. Maman, arrête… Je ne veux plus que tu m’habilles

en fille. Maman…

 

Je sais pourquoi je suis là.  Pour toutes les humiliations.

Pour toutes les souffrances.

 

J’ai dix-huit ans.  J’ai posé mes mains sur ce cou flétri.  J’ai serré

si fort... Et je suis né.

 

Tous ces regards que j’ai croisés par la suite… Toutes ces femmes que j’ai voulu

posséder. Des yeux qui supplient. Indifférence. Une bouche qui hurle.

Excitation. Un corps qui se meurt. Jouissance. Il fallait que je le fasse.

Elles avaient toutes son visage, son mépris.

 

J’ai trente-six ans. Et je vais mourir.

 

Sac sur la tête. Première décharge. J’ai mal. Je ne suis déjà plus là.

 

Maman… Je t’aime.

 

 

 

 
Western  
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